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L'état des lieux de sortie et l'avis des défauts : le délai qui fait tout perdre

L'équipe Arca6 min de lecture
Affiche typographique sur bleu vif : un « 2 » géant, « mois, trop tard » ; un avis des défauts donné un peu plus de deux mois après la remise des clés a été jugé tardif (art. 267a CO, TF 4A_388/2013)
Dans cet article

Vérifier le logement à la restitution et aviser le locataire immédiatement : l'art. 267a CO, les défauts cachés, et un avis donné plus de deux mois après jugé tardif.

La sortie d'un locataire est le moment où le bailleur doit faire valoir les dégâts laissés dans le logement ; seuls les défauts qu'une vérification usuelle ne permettait pas de découvrir peuvent être signalés plus tard (art. 267a al. 2 et 3 CO). Ce moment est court. Le Code des obligations impose une vérification à la restitution et un avis immédiat au locataire ; faute de quoi le locataire est déchargé de toute responsabilité pour les défauts qui pouvaient être découverts à l'aide des vérifications usuelles, quel que soit le montant en jeu.

Vérifier à la restitution, aviser immédiatement

Art. 267a al. 1 et 2 COLors de la restitution, le bailleur doit vérifier l’état de la chose et aviser immédiatement le locataire des défauts dont celui-ci répond. Si le bailleur néglige de le faire, le locataire est déchargé de toute responsabilité, à moins qu’il ne s’agisse de défauts qui ne pouvaient pas être découverts à l’aide des vérifications usuelles.

Deux obligations, donc : vérifier, puis aviser. L'état des lieux de sortie sert la première. L'avis des défauts est un acte distinct, adressé au locataire, qui désigne les défauts dont le bailleur le tient pour responsable. Dans l'arrêt 4A_388/2013, c'est l'envoi du procès-verbal d'état des lieux au locataire qui a été traité comme l'avis des défauts (consid. 2.3.2). À Vaud, l'état des lieux de sortie est dressé en présence des deux parties qui le signent sur place, et il « ne vaut pas reconnaissance de dette » (art. 36 al. 4 et 5 RULV).

Quand a lieu la restitution

Le délai ne part pas de la fin du bail inscrite au contrat, mais du jour de la restitution, c'est-à-dire lorsque le bailleur a « recouvré la maîtrise exclusive de la chose louée » (arrêt 4A_388/2013, consid. 2.2.2 ; l'affaire portait sur des locaux commerciaux restitués de manière anticipée). Pour des locaux, le Tribunal fédéral rappelle que le locataire doit remettre tous les jeux de clés, y compris les doubles qu'il a fait faire (consid. 2.1). À Vaud, « Le locataire doit remettre au bailleur toutes les clés de l’objet, y compris celles qu’il aurait fait confectionner, sans pouvoir prétendre à une indemnité. » (art. 37 al. 1 RULV). Dans l'arrêt, quelques câbles et un carton oubliés dans une pièce n'ont pas empêché de retenir que les locaux avaient été restitués le jour de la remise des clés.

Dans l'affaire jugée, la locataire avait demandé en vain un état des lieux avant de remettre toutes les clés à la régie : c'est le jour de cette remise qui a compté. Organisez la visite de sortie à la date de la remise des clés, ou juste après, jamais plusieurs semaines plus tard.

« Immédiatement » : combien de jours ?

La loi ne chiffre pas. Dans l'arrêt 4A_388/2013, le Tribunal fédéral résume la doctrine et les pratiques cantonales ainsi :

Délai entre la restitution et l'avisAppréciation citée par le Tribunal fédéral
Deux ou trois jours ouvrablesLa règle générale selon la doctrine.
Une semaineEncore admis par une partie de la doctrine.
Trois semaines ou un moisEn principe tardif selon les pratiques cantonales.
Environ deux moisJugé tardif dans un autre arrêt (4A_589/2012), cité par le Tribunal fédéral.
Un peu plus de deux moisTardif : c'était le cas jugé, et le bailleur a perdu sa prétention.

Le Tribunal fédéral relève aussi que, selon certains auteurs, il faut tenir compte des circonstances du cas concret (consid. 2.3.1).

Dans l'affaire 4A_388/2013, le bailleur réclamait plus de CHF 45 000 de travaux de remise en état. L'état des lieux avait été fait un peu plus de deux mois après la remise des clés, et l'avis envoyé deux jours plus tard. Le Tribunal fédéral a confirmé qu'il était tardif, et la prétention a été rejetée en entier. Qu'une date de constat ait ensuite été convenue avec le locataire n'y a rien changé.

Frise du cas jugé : remise des clés, puis deux ou trois jours ouvrables comme règle générale pour aviser ; l'état des lieux est venu un peu plus de deux mois plus tard, et l'avis a été jugé tardif : plus de CHF 45 000 de travaux réclamés, tout a été rejeté
Arrêt 4A_388/2013 : des locaux commerciaux, mais la même règle de l'art. 267a CO.

Les défauts cachés

L'exception de l'al. 2 vise les défauts qu'une vérification usuelle ne permettait pas de découvrir, par exemple une fuite cachée derrière un habillage. Pour ceux-là, le délai ne part pas de la restitution, mais de leur découverte.

Art. 267a al. 3 COSi le bailleur découvre plus tard des défauts de ce genre, il doit les signaler immédiatement au locataire.

Un défaut visible au premier coup d'œil, qu'on n'a pas pris le temps de regarder, n'est pas un défaut caché. Et la date de découverte d'un défaut caché mérite d'être notée, avec des photos : c'est elle qui sera discutée.

Comparaison : un défaut apparent se signale immédiatement après la restitution des clés (exemple : un trou dans une porte ; garder les photos du jour de la sortie) ; un défaut caché, immédiatement après sa découverte (exemple : une fuite derrière un habillage ; garder la date de découverte et des photos)

Un avis qui tienne

  • Désigner chaque défaut précisément : la pièce, l'élément, la nature du dommage.
  • Indiquer que le locataire en répond : l'art. 267a al. 1 CO vise les « défauts dont celui-ci répond ».
  • L'envoyer par un moyen qui laisse une preuve de la date : recommandé, ou remise en main propre contre signature.
  • Conserver les photos du jour de la sortie, et l'état des lieux d'entrée pour la comparaison.
Un avis des défauts type, envoyé en recommandé le lendemain de la restitution, annoté : une preuve de la date, la mention que le locataire répond des défauts (art. 267a al. 1 CO), chaque défaut désigné précisément (séjour : parquet gondolé par l'eau devant la fenêtre)
Un avis des défauts type : la date prouvée, la responsabilité du locataire, chaque défaut nommé.

Si le locataire ne se présente pas au rendez-vous de sortie, le constat se fait quand même, à la date prévue. Le bailleur peut se faire accompagner d'un témoin ou mandater un huissier : l'obligation de vérifier et d'aviser pèse sur lui dès la restitution (art. 267a al. 1 CO). Dans l'affaire jugée en 2014, le bailleur avait bien mandaté un huissier, mais le 13 août 2010, plus de deux mois après la remise des clés : ses frais ont été rejetés avec le reste.

Le montant retenu sur la garantie se discute ensuite, poste par poste, vétusté déduite.

La sortie comparée à l'entrée, et la date limite de l'avis

L'état des lieux de sortie reprend les pièces de l'état des lieux d'entrée du même bail : vous ne saisissez que ce qui a changé. Pour chaque pièce qui n'est plus en bon état, vous qualifiez la sortie (usure normale, dégradation, destruction, nettoyage, perte de clé), et le comparatif chiffre une retenue suggérée, vétusté déduite.

La page Dépôts affiche la date limite de l'avis des défauts : trois jours ouvrables après la date de l'état des lieux de sortie, samedis et dimanches exclus, sans tenir compte des jours fériés — vérifiez donc la date quand un jour férié tombe dans l'intervalle. Elle dit d'où vient cette date, car elle peut différer de la remise effective des clés. Le procès-verbal de remise des clés et d'état des lieux de sortie de l'éditeur sépare quatre moments — restitution, constat, découverte d'un défaut, avis — avec le mode d'envoi et sa preuve. Arca prépare ; l'avis, c'est vous qui le signez et l'envoyez.

Lettres et modèlesLe procès-verbal de remise des clés et d'état des lieux de sortie, pré-rempli.Avis des défautsLa définition, dans le glossaire du bail.

Questions fréquentes

Dans quel délai aviser le locataire des défauts ?

Immédiatement après la restitution (art. 267a al. 1 CO). La doctrine retient en règle générale deux ou trois jours ouvrables ; un avis donné un peu plus de deux mois après la remise des clés a été jugé tardif (arrêt 4A_388/2013).

Que se passe-t-il si l'avis des défauts est tardif ?

Le locataire est déchargé de toute responsabilité pour les défauts qui pouvaient être découverts à l'aide des vérifications usuelles (art. 267a al. 2 CO), quel que soit le montant en jeu.

Et un défaut caché, découvert plus tard ?

Il se signale immédiatement après sa découverte (art. 267a al. 3 CO). Notez la date de la découverte, avec des photos : c'est elle qui sera discutée.

Le locataire ne vient pas à l'état des lieux de sortie : que faire ?

Faire le constat quand même, à la date prévue, en se faisant accompagner d'un témoin ou d'un huissier si besoin : l'obligation de vérifier et d'aviser pèse sur le bailleur dès la restitution (art. 267a al. 1 CO).

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